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Nouvelles de Benjamin Zarka

MAREE NOIRE

Le Coq et la Croix

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Grise triste, un bras cassé pend légèrement, elle scelle de ses branches le bleu irréprochable du ciel. La Croix ! La croix haut dressée, jaillie comme un cri, un cri de foi, un cri d'effroi ! Effroi de quoi ? De la vie ? De la mort ? De la mort au creux de la vie ? De cette vie engraissée du jus inépuisable de la mort ? Qui donne le plus ? La vie ? La mort ?

Le ciel est là, bien là, aujourd'hui bleu, demain voilé. Bleu ou voilé, toujours secret. Qu'en pense-t-il, le ciel ? Que pense-t-il de toutes ces vies qui disparaissent ? Que pense-t-il, le ciel de cette croix dressée vers lui, de ce défi lancé vers lui, de cet amour hissé vers lui ?

Mais peut-être n'en pense-t-il rien ?

En face de la croix plantée sur sa chapelle dressée sur sa hauteur comme une pointe au bout d'un mamelon durci, en face de la croix, fier et cambré, devinez quoi ? Le coq gaulois ! L'église humblement, frileusement, se blottit au centre des foyers regroupés au pied de la hauteur, l'église mère, l'église douce-amère, le coq vole haut, porte haut regarde la croix droit dans les yeux, dans ces yeux froids sans feu ni lieu, sans lieu de croire, cent lieues de croire, sans lieu de croire, de croire en quoi ?

C'est curieux, ce coq enraciné devant une église avec ses cierges, ses prières, avec ses messes, ses baptêmes, avec tout cet arsenal à convertir, à créer de la foi, à râper, à limer, à buriner les cœurs, avec ses hosties, ses bénitiers, ses burettes, avec ses chants, ses cloches, ses clochettes, avec ses chuchotis, avec ses confessionnal ; oui, c'est curieux, ce coq, comme il jure, un vrai païen, un Infidèle, terre à terre dans son ciel, dans ses airs. C'est vraiment très, très curieux, ce coq, face à la croix, ce coq hardi gonflé de sève, face à la croix mûrie mais sèche, la croix rugueuse et raide.

Le vent blotti dans un recoin retient son souffle, le vent les regarde ; il voudrait bien comprendre, le vent ; il voudrait bien comprendre les hommes, leurs symboles ; il voudrait bien comprendre ce que cela signifie, ce coq, cette croix, ce qu'ils font là, ce qu'ils se disent ; il est à l’affût, le vent, comme une commère de village derrière le coin levé de son rideau. Il regarde, le vent, il regarde la croix regarder le coq, il regarde le coq narguer la croix ; derrière l'arrogance tranquille de l'un, la fausse humilité de l'autre, qui n'a pas dit son dernier mot, il sent, le vent, il sent monter des orages, monter des choses farouches, des choses tourmentées, des choses qui passent, repassent, qu'il ne saisit pas.

Il pense, le vent … Il pense que l'un est la vie, il pense que l'autre est la mort, il pense que l'un est l'espoir, que l'autre est la résignation, il pense que l'un est la joie, la joie de vivre, que l'autre est plutôt morne. Il pense, le vent, il pense que chacun voudrait effacer l'autre, pourtant, lui, le vent, si simple, si doux – brutal parfois ! Mais doux ou brutal toujours simple, il pense qu'il ne peut pas imaginer la croix sans ce coq, le coq sans cette croix, non, vraiment, il ne peut pas, pas plus qu'il ne pourrait concevoir le ciel sans Terre, une Terre sans ciel.

Au pie de la chapelle, il y a des tombes. Au pied de l’église, il y a des maisons vivante, des maisons chaudes . Quelque chose passe, un flux, une procession, un cortège d'électrons, un défilé d'ions, de protons, de mirlitons, qui coule incessamment du coq à la croix, des tombes aux maisons.

Le vent médite ; il médite longuement sur l'absurdité tragique, pitoyable, qui frappe ces espèces condamnées pour se perpétuer à mourir, renaître sans fin aux pieds immuables du coq, de la croix.

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