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Nouvelles de Benjamin Zarka

MAREE NOIRE

Les Singes

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J'ai peur !

Je vis sur la montagne. Je vis dans une grotte. Je ne sors que la nuit. Je mange ce que j'attrape. Je le mange cru : j'ai bien trop peur pour allumer du feu ! Ils pourraient le voir – ou le sentir. Ils viendraient me chercher. Je ne veux pas qu'ils viennent, je ne le veux pas ! Je mange cru, et j'ai froid.

Cela ne sert à rien. Je le sais. J'en suis sûr. Je le fais quand même, parce que je veux vivre, je veux rester moi. Je ne suis qu'un homme, sans doute des plus médiocres. Mais je tiens à ce que je suis. Je veux le rester. Je ne veux pas qu'ils viennent !

Ils savent où je suis. Je le sais. J'en suis sûr ! J'ai peur, j'ai tout le temps peur. Je vis dans ma grotte, je vis sans feu, je mange cru, j'ai froid ! Je tremble au moindre bruit. J'essaie de croire que je pourrai leur échapper. Je ne sais pas pourquoi ils ne sont pas encore venus. Peut-être n'aiment-ils pas la montagne ? Ou parce que je ne suis pas dangereux ? J'essaie de me faire oublier, je ne fais pas de feu, je ne sors que la nuit. Ils viendront quand même, - je le sais. Je ne sais pas quand, mais ils ne peuvent pas ne pas venir : ils ne peuvent pas me laisser comme je suis, leur pouvoir en dépend, je ne sais pas pourquoi.

J'essaie d'espérer qu'ils ne viendront pas. Ils m'attendent, ils savent que j'ai faim, que j'ai froid, que j'ai peur. Ils sont patients : le temps travaille pour eux. Ils attendent que je me livre, que je m'abandonne. Mais je ne veux pas. Je n'irai pas. Ils peuvent attendre : je veux rester moi.

Ils sont entrés dans la ville. Il faisait beau, ce jour-là. Le soleil coulait, il enduisait de lumière et de chaleur, les murs, les rues, les vitrines, et jusqu'aux yeux des passants. Chaque homme souriait malgré lui : c'était la lumière ! Elle emplissait ses yeux, elle flottait sur son front, elle ondoyait à ses poignets. Chaque homme était beau de lumière. Chaque femme, chaque fille semblait naître dans la lumière. Je n'avais jamais vu d'hommes pareils. J'étais fier d'être un homme.J 'avais envie d'ouvrir les bras, de serrer chaque passant contre moi, de lui dire combien je l'aimais. Les filles, les femmes florissaient, la lumière les embellissait, elles ornaient la lumière. Je les regardais, je sentais partir ma force, mon cœur était douloureux tant il enflait de bonheur. Comme les enfants étaient mignons ! Les pires galopins muaient, muaient en chérubins, muaient en pépins d'homme. Je tendais mes mains vers eux, je tendais mes mains comme pour une offrande, je leur tendais mes mains pour former une ronde.

C'est alors qu'ils sont entrés …

La rue était pleine de lumière, de couleurs, taches de soleil, envols de jupes, corsages gonflés, robes légères. La rue était belle et claire, elle était gaie. C'est alors que j'ai vu, au fond de la rue, quelque chose de sombre . C'était d'abord une simple tache, imprécise et mouvante comme un bout de nuage. C'était insolite, ce noir, dans toute cette gaieté de jardin en liesse. C'était insolite, mais je n'avais pas compris, mes yeux distinguaient sans alarme cette ombre dansante. La tache a foncé : elle grossissait, elle approchait. Aux abords de la tache se passaient des choses étranges. La tache progressait par ondulations, elle lançait des pseudopodes. Je voyais les hommes, je voyais les femmes, se figer, puis ils disparaissaient comme aspirés : elle les phagocytait ! La tache avançait, on la voyait maintenant un peu mieux , ce n'était pas un bloc, c'était fait de formes vivantes. La tache avançait toujours, engloutissant les hommes, les femmes, les enfants, soudainement figés à son approche. On n'entendait pas un cri, pas un mot, pas un bruit. La masse noire, les formes noires avançaient, avançaient toujours.

Je regardai autour de moi ; dans mon univers rien ne semblait avoir changé : il y avait ntoujours la même lumière dans les yeux des passants, les filles ondoyaient joliment, les vitrines étincelaient. Rien n'était changé ! Comment était-ce possible ? Personne ne voyait ce qui engloutissait la rue ? Les formes menaçantes étaient à présent toutes proches, j'ai su : c'était eux, c'était les singes !

Des singes, oui ! Grands ! Lourds ! Le corps penché ! Leurs mains repliées battaient le sol au rythme de leur marche. Ils avançaient. Calmement. Sûrs d'eux. Sûrs de leur pouvoir. Ils avançaient sans se presser, sans traîner non plus. Sur la lisière de cette forêt simiesque, les humains se figeaient, puis disparaissaient dans cette masse qui grossissait sans cesse.

J'ai voulu crier très fort. Mais je ne pouvais pas. Il faut me croire, j'ai essayé, je ne pouva is pas ! Peut-être parce que j'avais trop peur ? Je voyais jusqu'à leurs yeux, maintenant : dezs yeux ternes, vides, si différents des yeux rieurs des hommes, des femmes autour de moi. J'ai voulu leur échapper, je reculais au rythme de leur progression ; ils faisaient un pas en avant, j'en faisais un en arrière. Je m'abritais derrière un corps comme on se cache derrière un tronc. Je me faufilais d'humain en humain, comme si j'étais dans une forêt, progressant d'arbre en arbre, mais ce n'étaient pas des arbres, c'étaient des corps, c'étaient des humains. Puis le corps qui m'abritait se figeait, disparaissait, j'avais tout juste le temps de me cacher derrière un autre corps. J'ai reculé jusqu'aux portes de la ville. Je suis entré dans les faubourgs, j'ai traversé les faubourgs. Le tissu urbain s'est clairsemé, il n'y a plus eu de maisons du tout. Je n'ai plus vu les singes : ils ne m'ont pas suivi, ils restaient dans la ville. J'ai escaladé une hauteur. Dans la lumière complaisante du soleil, j'ai regardé la ville, je l'ai vue comme une marée noire ! Elle était noyée de singes ! Des singes, ecore des singes, rien que des singes !

Où étaient les humains ?

J'ai compris qu'ils viendraient. J'ai compris qu'il leur fallait me prendre aussi. La peur m'a cassé bras et jambes ; ce n'était vraiment pas le moment, je me suis secoué, arraché à cette fascination de l'horreur, je suis parti. Je suis parti très vite, en me cachant. Cela ne servait à rien, je le savais ; Ils me prendront quand ils voudront. Alors, pourquoi m'ont-ils laissé partir ? Peut-être pnt-ils besoin de moi ? Pour quoi faire ? Je ne sais pas ! J'aimerais le savoir : peut-être aurais-je moins peur ? Pour le moment, ils me laissent être moi. C'est ce qui me surprend le plus : veulent-ils un témoin ? Ont-ils besoin que subsiste un homme, un seul, juste pour savoir comment c'est, un humain ? Je suis madiocre, mais, après tout, beaucoup sont comme moi : est-ce cela qu'ils veulent prouver ?

Je ne sais pas. J'ai peur !

J'ai cru pouvoir me réfugier dans une autre cité, je crierais le danger, les hommes s'éveilleraient, chasseraient les ténèbres : c'était partout pareil ! Tous les villages avaient noirci, les villes étaient noires aussi, la peste noire avalait tout ! Des singes ! Partout des singes ! Je n'aurais jamais cru qu'il puisse en exister autant.

Où étaient les humains ?

Je suis allé vers la montagne. Vers la lumière. J'ai grimpé, grimpé ! J'avais les doigts en sang. Mes vêtements se sont déchirés. Mes muscles, amollis par ma vie antérieure, se sont révoltés. Je les ai fait taire, j'ai grimpé encore. J'ai grimpé des jours, des nuits. La nuit je dormais comme une bête, derrieère des rochers dans des trous, n'importe où. J'aurais voulu dormir le jour, gbrimper la nuit, mais je ne pouvais pas, je me serais cassé le cou. Je regardais souvent derrière moi : me poursuivaient-ils ? Les singes ne me poursuivaient pas.

Quelque chose me disait que je faisais ce qu'ils voulaient. Je croyais me sauver, j'obéissais. Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment moi, un humain médiocre, aurais-je été capable de défier les grand singes ?

J'ai atteint le sommet de la montagne. De la lumière ! Tant de lumière ! C'est si beau, la lumière ! J'avais atteint le sommet, sa lumière, j'avais faim, j'avais froid. J'avais trop demandé à mes muscles mou de citadin, j'avais dépassé mes limites. Il me faudrait apprendre à apprivoiser ma peur. J'ai trouvé une grotte , je m'y suis installé. Depuis, je ne sors que la nuit. Je mange ce que je peux. Je n'ose pas allumer de feu. Je rêve au jour où les singes reculeront devant les hommes. Nje rêve qu'un jour, la lumière balaiera cette obscurité. Je cherche à croire que c'est ma raison d'exister, de rester ce que je suis. Du haut de ma montagne, je domine l'étendue noire, comme du haut d'un phare. Comme la vigie perchée sur son mât. Parfois, dans cette couverture noire, je crois voir des trouées, comme des veilleuses dans la nuit.

Comme le sourire de l'espoir ...

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